• [...]

       Mon seul problème est devenu ton absence. Je ne passe pas mon temps à me lamenter sur ma solitude, je ne veux pas de ce comportement. Je feins de supporter la douleur. Parfois, elle s'estompe un peu... puis elle revient, violente, me prend aux tripes et ne me lâche pas jusqu'à ce que je l'avoue à haute voix. A cet instant, je dois retenir mes larmes, mes sanglots même. J'aimerais te voir, te toucher, rire avec toi. Rire vraiment. Pas de ces rires qui chuchotent l'amertume de ne plus partager ta vie. Je pue la tristesse. Jusqu'à quand resterai-je un fantôme n'aspirant qu'à te voir revenir ? Combien de temps faut-il pour qu'un amour meurre de lui-même ?... Pourrai-je me pardonner d'avoir réussi à te perdre ?

    [...]


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  • Cher toi,

    tu es si loin de tout, aujourd'hui. Tu n'es plus celui à qui j'ai laissé le plus de place. Il y a quelques jours, j'aurais dit avoir préféré que cela reste le cas. Mais je suis bien trop heureuse de l'avoir connu... et quelque part trop malheureuse de ne pas pouvoir aller plus loin. Je vais mieux, c'est certain. Mais je lutte toujours pour ne plus espérer. L'espoir et le pardon. Deux choses qui m'habitent, mais qui me perdront indéfiniment. Rien ne change. Les films restent les mêmes. Un accident, une inquiétude, et tout qui recommence comme si rien ne s'était passé. En mieux. Parfois, cela se limite à du temps qui passe, un regard qui se surprend à être jaloux, et une recherche de celui qu'on a voulu oublier en vain.

    Cela ne se passera pas ainsi. Pendant des mois, il va cruellement me manquer. J'aurai envie de lui, il me refusera. Jamais cela ne recommencera. Je serai seule un moment. La suite m'est inconnue. Oh, cet inconnu, et ces satanées incertitudes...

    J'ai mal de garder en tête des "si". S'il avait ouvert les yeux avant, si j'avais été plus délicate, si je réfléchissais moins... Si je n'étais pas moi, et qu'il n'était pas lui, en fait. Grand mal me fasse d'avoir cru pour rien.

    Et toi, du haut des souvenirs que je nous ai inventés, tu disparais lentement. Qui sait si un jour tu ne seras même plus mon éternel interlocuteur. Le sera-t-il, lui ? Mais lui ne mourra pas. Crois-tu qu'il reviendra vite, cet insaisissable sentiment de grandeur à deux ? Mettra-t-il autant de temps à refaire surface ? Et mènera-t-il encore une fois à une telle désillusion... ?


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  • La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,
    Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
    Et nous alimentons nos aimables remords,
    Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

    Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
    Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
    Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
    Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.


    Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste
    Qui berce longuement notre esprit enchanté,
    Et le riche métal de notre volonté
    Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

    C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
    Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
    Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,
    Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

    Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange
    Le sein martyrisé d’une antique catin,
    Nous volons au passage un plaisir clandestin
    Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

    Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes,
    Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
    Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
    Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

    Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,
    N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
    Le canevas banal de nos piteux destins,
    C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie.

    Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
    Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
    Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
    Dans la ménagerie infâme de nos vices,


    Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
    Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
    Il ferait volontiers de la terre un débris
    Et dans un bâillement avalerait le monde ;

    C’est l’Ennui ! — l’œil chargé d’un pleur involontaire,
    Il rêve d’échafauds en fumant son houka.
    Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
    — Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère !

     

    Baudelaire


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  •      Dix heures du matin. Elle se réveille, pleine d'une étrange énergie qui ne lui ressemble pas. Tout est paisible, et à la fois si mouvementé. Son coeur bat la chamade, et tous ses muscles semblent remplis de désir et de félicité. Aujourd'hui, elle ne descend pas prendre son café. Elle s'installe au bord de sa fenêtre, comme trois heures plus tôt, quand après avoir observé le lever du soleil elle avait décidé qu'il était temps d'aller se coucher. Elle ne peut s'empêcher de penser à la nuit passée. Elle revoit ce corps brûlant d'un homme encore inconnu, allongé sous elle dans l'inconfort naturel d'un sol de terre. Elle sent ses morsures et ses baisers, ses grandes mains parcourant sa peau sans timidité. S'est-elle déjà sentie aussi vivante ?

         Elle aurait aimé qu'il ne parte pas, qu'il reste à ses côtés et qu'elle puisse se serrer sur son torse, sans un mot, juste comme ça, à la lueur de la lune et du jour naissant.

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  • Il faut croire que ce syndrôme de la page blanche est indomptable...

    "Ecrivez régulièrement". Quitte à tenir un journal intime que l'on relira hilare en se rappelant combien ce que l'on a pensé était ridicule, enfantin, immature ? Est-ce que grandir va de paire avec cesser de rêver ?

    Mais si l'on ne veut plus souffrir, que l'on veut vivre sans ces milliers de questions qui nous ont assailli dans le temps ?

    Je plains les artistes qui ne sont qu'artistes.

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